La correction ou l'art de ne jamais se faire confiance


La correction ou l'art de ne jamais se faire confiance
Lorsque j'ai mis un point final au premier jet de mon roman, Toutes les femmes de ma psy, j'ai ressenti une grande satisfaction, mais pas d'achèvement.
Il ne s'agit que d'une étape, et le travail de correction qui est nécessaire pour donner au manuscrit sa forme finale, s'avère bien plus fastidieuse qu'on ne peut l'imaginer.

L'histoire est bouclée. Les personnages ont vécu ce qu'ils avaient à vivre. L'urgence de l'écriture s'est évaporée, et tout ce qui devait être dit est maintenant écrit, noir sur blanc.
Je me suis beaucoup interrogé sur la manière de procéder aux corrections de mon manuscrit.
Beaucoup d'auteurs laissent leur histoire de côté quelques temps avant d'y revenir avec un oeil neuf.

J'ai choisi dans un premier temps, de procéder à une première correction musicale, immédiatement après avoir fini le premier jet.
J'ai donc lu à voix haute le manuscrit, en corrigeant les phrasés, les rythmes et longueurs de phrases, le style général.
Durant cette étape, je ne me suis pas intéressé ni à l'orthographe, ni à la grammaire, mais uniquement à la musicalité générale du récit.

J'ai ensuite laissé reposer le texte pendant deux semaines, avant de me lancer dans une vérification temporelle.
Avant l'écriture, j'avais couché par écrit la ligne du temps de mon histoire afin de ne pas risquer d'incohérences.
Malgré une écriture minutieusement calée sur ce référentiel, quelques détails ne collaient pas, et il a fallu corriger le récit en ce sens.

J'ai enfin passé mon manuscrit à la moulinette du logiciel Antidote, véritable couteau suisse de l'écrivain.
Il s'agit d'un logiciel qui interagit avec la plupart des logiciels de traitement de texte.
Il se synchronise avec le manuscrit et modifie le texte directement dans le fichier d'origine.

Les modules du logiciel Antidote sont nombreux, et regroupés en trois thèmes: Langue, Typographie et Style. Il m'a fallu procéder méthodiquement.

Tout d'abord, je me suis lancé dans un examen linguistique.
Antidote est un logiciel vraiment performant qui identifie toutes les erreurs de langue et propose des corrections presque toujours adéquates.
Lorsque le logiciel ne reconnaît pas correctement une tournure, il est possible de lui indiquer d'ignorer l'erreur qu'il semble avoir détecté.

J'ai ensuite procédé à la correction typographique, puis j'ai terminé par l'examen stylistique.
Antidote permet d'identifier les répétitions, les verbes ternes, les tournures, la lisibilité générale.
Il est capable de calculer des pourcentages sur l'ensemble du texte, et embarque un dictionnaire très complet qui permet de chercher des synonymes ou des substituts aux verbes ternes.
Une vraie mine d'or pour enrichir un texte.

Cette première grande correction terminée, j'ai réalisé une nouvelle correction globale et musicale, sans logiciel de correction.
Le but était d'arriver à un rythme, une musicalité satisfaisante.

Enfin, une dernière revue sur chacun des trois modules du logiciel Antidote m'ont permis de finaliser la dernière version du texte.

Durant cette phase de correction, j'ai constamment remis en question chaque phrase, chaque virgule, chaque intonation, chaque réaction de mes personnages, afin de rendre l'histoire la plus réaliste possible.
Il s'agit d'un exercice compliqué car il nécessite une concentration bien plus accrue que lors de la phase de création pure.
La clé d'une correction réussie: ne jamais se faire confiance.

Il faut lire, relire, douter, remettre en question, tester, écouter, et examiner chaque mot en se mettant à la place du lecteur.
Car le lecteur entrera dans l'histoire sans bagages, sans ligne du temps, sans l'historique des émotions que l'auteur a traversé et qu'il a insufflé à ses personnages.

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